Francis Manneau : « Pour arriver au sommet, nous avons énormément bossé. »

Francis Manneau, le « bâtisseur » du Yutz Handball Féminin raconte pour le Comité de Moselle de Handball, ses nombreuses années comme entraîneur puis président des Louves. Entraîneur depuis la création de la section féminine en 1979, il a franchi toutes les étapes pour mener son club dans l’élite du handball français. 

Pouvez-vous nous raconter la création de la section féminine à Yutz ?

On a commencé en 1979, en championnat de Moselle. Je suis tombé sur un groupe de filles extraordinaires qui voulaient bosser à fond. Il me semble qu’en l’espace de deux saisons, nous sommes montés en pré-nationale. À partir de 1983, à l’exception d’une saison, nous évoluons en championnat de France. Cependant, nous sommes restés longtemps en Nationale 2. Mais ce n’était pas les mêmes structures qu’aujourd’hui, les championnats étaient beaucoup plus restreints. 

Vous avez dû vivre de super moments avec toutes ces montées ? 

Oui, en effet, en 1992, nous avons terminé champion de France de National 2, nous sommes donc allés jouer les finales ultra-marines en Guadeloupe, un voyage vraiment mémorable. D’abord, nous sommes allés jouer la finale à Clermont-Ferrand, que nous avons remporté et qui nous a validé notre place pour les finales ultra-marines en Guadeloupe. C’est vraiment un super souvenir parce que nous avons gagné la finale métropolitaine et la finale ultra-marine. On est parti de rien pour arriver au sommet, nous avons énormément bossé. 

Après votre voyage en Guadeloupe comment s’est déroulée la suite de cette épopée ? 

Nous sommes donc montés en N1, il y avait uniquement deux poules de 12. En 1999, nous sommes premières de notre poule de N1, nous jouons donc les finalités. Finalement nous terminons vice-championnes de France, mais nous accédons à la deuxième division. Après quelques années à jouer le maintien et viser le haut de tableau, c’est au terme de la saison 2003/2004 que nous parvenons à monter en première division. C’était vraiment fantastique, la soirée était folle ! 

Yutz en D1, dans votre salle, cela devait être incroyable ! Puis même pour vous, tout a changé dans votre vie ? 

Pendant 3 ans, nous avons joué en D1, à guichets fermés. Nous avions 120 abonnés pour une capacité de 600 places. On ne va pas se mentir, nous sommes un petit club et c’était très compliqué pour nous. J’étais entraîneur professionnel depuis que nous étions montés en D1, j’avais dû quitter mon emploi au Crédit Mutuel pour devenir entraîneur à plein temps. J’étais devenu salarié du club. La dernière année de D1 s’est très mal passée, j’ai été licencié, j’ai quitté le club et j’avais pris la décision de prendre une année sabbatique.

Vous avez quitté le club, puis vous êtes revenu… 

Je suis revenu deux ans plus tard à la demande du maire de Yutz. Il souhaitait que je reprenne le club qui était dans de grandes difficultés financières et sportives. Le club était au bord de la faillite. De ce fait, je suis président du club de Yutz depuis 2008. Lors de mon retour, j’ai alors cumulé les deux postes = président et entraîneur, nous avons fait les mauvais choix pour l’entraîneur, j’ai décidé de reprendre l’équipe. Cette période a duré jusqu’en 2013/2014 et l’arrivée de Gilles Boutiali, qui est un excellent coach. 

 

Francis Manneau, ancien coach et actuel président de Yutz. Photo : Le Républicain Lorrain

Récemment sans parler du Covid, il y a une année compliquée en D2 et aussi en N1… 

Oui, il y a eu quelques soucis avec les entraîneurs, il y a des problèmes très personnels aussi. J’ai dû refaire une pige comme entraîneur à un moment. Puis après nous avons décidé d’orienter le club sur la formation. Nous avons de très bonnes joueuses en U18 Championnat de France et nous avons souhaité les intégrer au groupe de l’équipe fanion assez rapidement. Les filles qui sont montées ont été géniales, elles se sont données à fond et c’est une grande réussite pour nous. 

Remonter en D2, est-ce un réel avantage pour vos jeunes joueuses ? 

Remonter en D2 permettrait peut-être à certaines joueuses de rester à Yutz et de pouvoir se montrer par rapport à d’autres clubs c’est sûr. Il y a des joueuses, leurs projets est de jouer en D1. C’est évident que si nous arrivons à monter en D2 d’ici deux ans, les jeunes formés au club se poseraient la question de rester chez nous ou de rejoindre un centre de formation et de jouer en N1. L’objectif est de jouer les premiers rôles et en fonction des circonstances on verra ce qu’il se passera, mais nous souhaitons vraiment remettre le club en D2. 

Pour ma dernière question, quand est-ce que nous verrons Yutz en Ligue Butagaz Énergie et Ligue des Champions ? 

C’est une blague ça ? Il faut être réaliste et avoir les pieds sur terre. Il y a 15 ans c’était possible, notre salle est trop petite, puis il faut un gros budget. Le but est de pérenniser le club en Division 2. La Lorraine est une terre de handball, mais Yutz c’est le club phare de la ville et nous devons nous développer un peu. La Champion’s League, j’aurais pu en rêver mais plus maintenant. Si on ne trouve pas un milliardaire (rires) ou gagner au loto, ça me semble irréalisable aujourd’hui.

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